Ô Grenade..!

Il y a 25 noeuds de vent depuis une semaine, être mouillé derrière une barrière de corail aux Grenadines, c’est bien, ça ne bouge pas mais ça souffle, le vent est puissant, il enivre et nous remplie comme il nous « saoule » et puis nous essouffle. Windy, notre application météo nous dit qu’il y a moins de vent au sud, sous le vent de Grenade donc, reprenons la mer. Nous n’avons pas encore été à Carriacou ni réellement aux Tobago Cays, ce n’est pas grave nous repasserons en remontant. C’est le plus grand luxe du voyage, d’avoir du temps, de quitter un endroit quand on le sent, d’y rester quand on est bien.

Nous partons donc des Grenadines pour nous abriter, pour retrouver un peu de quiétude, de calme. En mer, nous sommes tellement sensibles à la météo, tous les extrêmes se font ressentir immédiatement sur l’humeur du bord, un journée trop humide, trop chaude, trop venteuse ou trop houleuse et l’électricité embarque au sein de l’équipage. Être à l’écoute de notre rythme et trouver le bon abris au bon moment est indispensable. Nous sommes en osmose avec les éléments, sous leur emprise. Notre petite coque est un cocon fragile et poreux, nous flottons dans notre bulle sur l’océan entre mer et ciel.

Nous quittons donc les Grenadines pour notre dernier bord de portant, après nous devrons remonter au vent vers la Martinique. Que c’est bon de naviguer! Ca fait plus de 10 jours que nous n’avons pas hisser les voiles, saut de puces entre les iles, trop face au vent ou trop vent arrière nous sommes restés au moteur. Nous quittons Union, l’île à la topographie graphique, l’île du kite, l’île de cette communauté de français installés depuis quelques décennies qui a monté quelques bars bobo, école de kite et concept store. Nous clearançons, achetons quelques légumes, mangeons une super bonne pizza chez Marie et larguons les amarres. Passage express, tour d’horizon seulement.

Que c’est bon de naviguer vers un ailleurs vers on ne sait où, mais d’y aller. Nous passons devant Carriacou, Sandy Islande, l’Île Ronde et longeons toute la côte. De loin déjà cette île semble pétillante. Son relief est complexe, on devine une succession de cirques et de volcans avec leurs versants abrupts, on devine une végétation luxuriante, humide et très variée. On aperçoit des villages escarpés dans les collines avec des maisons très colorées. Nous ne connaissons pas Grenade, à peine entendu parler de cette île avant.

Il est 14h30, après une très belle nav assez excitante vent arrièrre avec le défi permanent de ne pas empanner, une série de surf dans la houle des canaux traversés, nous arrivons au mouillage de Saint-Georges. On met l’annexe à l’eau et on débarque immédiatement pour clearancer. On est vendredi et les services de douane sont fermés le week end, normalement Vincent va tout seul faire les formalités administratives et je reste au bateau avec les gars pour se baigner et chiller après la nav, mais là, la ville nous intrigue nous avons envie d’y faire un saut tous ensemble. Nous promettons donc une petite glace arrivés à quai, histoire de compenser. Après avoir accoster à un ponton pourri, on nous indique le bureau des douanes à la marina de Port Louis. Magnifique Marina, très chic, installée au creux d’un bassin naturel entouré de collines habités et verdoyantes. Quelques mètres après le bureau des douanes, une piscine, en moins de 2, tout le monde à poil, quelques plongeons de hors la loi, des bombes au milieu des touristes qui bronzent, il nous fallait ça pour trouvé l’énergie d’affronter la ville.

En repartant, j’entend quelques mot de français qui m’interpellent, nous cherchons à savoir quoi faire sur l’île. Pierre-Jean surbooké me donne le contact de Bruno qui en moins de 5 minutes nous donne rdv le lendemain à la Marina pour le Hash du samedi, un énigme… Nous débarquons sur le bassin de carénage, ça souffle, il pleut, nous sommes entre les bateaux de pécheurs, les klaxons des voitures, les vendeurs de poissons, avec la poussette et les écoliers en uniforme. Cette île est différente. Dans l’indifférence général, nous nous frayons un chemin dans l’activité de Saint-George, aussi magnifique de loin qu’intense une fois que tu y es. Les taxi-co nous frôlent à toute berzingue, nous cherchons une glace, nous tombons sur des leurres pour pécher le thon, nous cherchons le tunnel Sendal, nous montons au fort, nous cherchons un drapeau de Grenade (pavillon de complaisance obligatoire), nous tombons sur des noix de muscade. Il n’y a pas que les plages de sable blanc et leur hôtels de luxe ou les bidons-villes et les boat-boy, il y a la vie, la vraie celle des îles qui fonctionnent de manière autonome où le touriste n’est pas indispensable à la vie des iliens. Avec Vincent, on s’y sent bien. C’est de cette manière que nous envisageons le voyage avec toutes les surprises et l’inattendu que ça comporte. C’est comme cela que nous voulons le vivre avec nos enfants. On ne prévoit pas tout et il faut savoir s’adapter. C’est souvent dans ces situations que nous faisons les plus belles rencontres, vivons les meilleurs moments.

Retour au bateau après cette épopée, le mouillage dérape, c’est très clair, nous déplaçons le bateau à la tombée de la nuit, une fois, puis deux fois. A chaque risée on entend l’ancre sautée, mais il faut se décider, on se met proche de la plage de Grande Anse où nous devrions trouver du sable. À 3h00 du matin, risé, chrrrrrrr, chrrrr, on dérape, on tombe sur un bateau noir, 15, 20, 23, 29 et 30 noeud de vent, on se retrouve tous les deux sur le pont, on allume le moteur pour soutenir le mouillage. On attend que le vent baisse et on remonte l’ancre. Génial, on va devoir se trouver un autre spot en pleine nuit, on adore… On pose l’ancre une fois puis deux fois, bien sûr Timaël se réveille, Marin va s’en occuper pendant que l’on termine la manoeuvre. Il est 4h, tout le monde est debout, on va se recoucher. Demain, c’est sur, nous allons à la marina!

Premier ponton depuis trois mois! Première douche chaude, piscine, lessive à quai et même poubelle de tri, on savoure cet énorme luxe à 150$ caraïbes ! Les enfants fond des jogging sur les pontons, la terre ferme juste là, à porter du bateau, ca change des plongeons à l’heure de la récréation!

Il est 15h, Bruno nous attend, 15 minutes plus tard nous nous retrouvons avec une centaine de personnes habillées en rouge pour ce fameux Hash, un jeu de piste. Un rond au sol, il y a deux chemins possibles, une croix, on fait fausse route. Les « runners » mènent la route. « On on » on continue. « On back » on revient. L’ambiance est totalement délire, ça crie, ça s’interpèle, ça sue, ça jase, on se marre! Après une heure et demi de marche, la boucle est bouclée, la fête commence. Sono à fond, soupe de lambi et poulet boucané, c’est le party en plein air jusqu’à épuisement!

Dès le lendemain, nous mettons les voiles vers Hog Island, le sud de Grenade est infiltré par une succession de fjiord. Des trous à cyclones, protégés des coups de vent entre les barrière de corail et la mangrove. Nous atteignons le point le plus au sud de notre périple.

Et là, juste derrière Glover Island, bim, un barracuda! Ça faisait quelques jours que nous n’avions pas péché, et chaque pèche est un petit miracle à bord. Je n’avais pas encore compris l’instinct pécheur de Vincent avant ce voyage mais à chaque fois c’est la même. On navigue tranquille, on discute, on joue… une ligne de traine posées évidemment quelques secondes après chaque départ et , zzzzzz, zzzzziiit la ligne se déroule, ça a mordu, on arrête de respirer (enfin Vincent!). Plus un bruit sur le pont, vite il faut réduire la toile, prendre la gaffe, remonter doucement, tout doucement la ligne pour ne surtout pas loupé notre repas! Sinon… on aura pas rouler le génois assez vite, on aura fait trop de bruit, bref les foudres du pécheur s’abatteront sur l’équipage! Toute pêche est une négociation entre le poisson et le pécheur, un va et vient qui peu durer plusieurs minutes selon le caractère du poisson! Les mahi mahi (dorade coryphène) sont les plus coriaces, les barracuda, ils ont tendance à lâcher l’affaire plus rapidement, il se mettent sur le flanc et se laisse remonter tranquilement. Ouf, cette fois ci, c’est un beau barracuda et on le remonte sans trop de peine. Exaltation du capitaine!

À peine le reef dépassé, nous entrons dans le fjiord et apercevons une quinzaine de dinghys posés sur la plage. Une bouée nous tend les bras juste devant, on s’amarre et on débarque en moins de 10 minutes. C’est le BBQ du dimanche, un rendez-vous du sud de l’île ou les voileux, les locaux, les pécheurs et les musiciens se retrouvent pour faire la fête. Du jamais vu, une superbe mixité où tous ces gens de multiples horizons se retrouvent en toute simplicité. Cette île est dingue! Les enfants partent faire du paddle tracté avec Gilles et sa fille, Timaël et moi nous nous baignons, Vincent ramène son barracuda pour le poser sur un des barbecues allumés. Un groupe de rasta commence un petit concert de reggae. Timaël devient la mascotte et la petite star de la soirée. Et nous rencontrons toute une communauté de français voyageur, Christian et Chantal sur Puravida, Gille et Marie, Yann et Fred sur Bulle, Agnes et Vennec sur Pikouponnes, en voyage pour un an, trois ans ou une durée indéterminé, autour du monde de l’Atlantique ou juste aux Antilles, chacun a son projet, son histoire son origine, et une chose nous relie tous, nous sommes là ici et maintenant, arrivé en bateau sur cette île du bout du monde. Du bonheur tout simple et partagé, une soirée comme on les adore. Nous n’avons aucune photo, juste des pures souvenirs!

Et le trip continue, plongée sous marine pour aller voir une oeuvre d’un sculpteur installé sous l’eau, très émouvant. Puis Seven sister, la Rain forest. Départ en taxi-co de Saint-George, installé entre un veillard, une mama et un gigantesque gaillard, nous voila en route pour les cascades. Musique à fond et à fond la caisse dans les routes de montagnes, nous traversons une partie de l’île somptueuse. Le chauffeur nous dépose sur la route, un monsieur nous accueille et nous oriente, il nous donne des bâtons de marche et nous répète une bonne dizaine de fois « take care ». Effectivement nous nous enfonçons dans une jungle gigantissime, argileuse et détrempée, sous les bambous et les fougères géantes, traversons plusieurs rivières sur des passages à gué plus ou moins certains. Nous sommes into the wild. Nous nous perdons, évidemment puis retrouvons notre trace et la cascade que nous avions largement dépassée. Extra.

De retour à Saint-George, nous allons devoir partir, remonter vers le nord. Qu’est ce qui fait que cette île semble si équilibrée, si belle et envoutante? Compliqué à dire et à comprendre en si peu de temps. Il va falloir revenir, un jour!

Saint-Georges, à l’image de notre ressenti de Grenade est un port vraiment surprenant. Dans une même baie, cohabite toutes sortes de navires, du dinghy au bateau de croisière de 100m en passant par les pécheurs, les plaisanciers, les charters, les porte-conteneurs et les boat boys, tout ce petit monde se frôle dans un même chenal sans jamais se percuter. C’est fascinant.

Et nous quittons Grenade en longeant cette côte toujours aussi belle qu’à l’aller qui possède désormais moins de mystère mais encore plein de merveille à découvrir.

Ô Grenade!

3 commentaires sur « Ô Grenade..! »

  1. Toujours un plaisir de vous lire. Un souffle de voyage dans une journée derrière l’écran… on y est un peu avec vous, dans vos délirs, le vent, le mouillage qui dérape et tout ce qui fait votre voyage. Bon vent à vous les loulous, plein de grosses bises. Romrom

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