Nous avons entamé notre remontée et atteint un niveau très haut dans le voyage. Un peu désorienté, le rétroplanning amorcé vers Saint-Martin, nous quittons Grenade avec nostalgie et la sensation que la suite de notre voyage sera une simple navigation vers le nord. Mais finalement, il nous reste 1 mois de voyage et tout est relatif, en voyage au long court ça semble si peu, en temps normal c’est énorme!

Ile Ronde, première escale, une île totalement déserte malgré sa taille assez importante. Qui disait qu’il était impossible de trouver des mouillages déserts aux Grenadines, il suffit d’aller en dehors des sentiers battus!


Cette île est splendide, la mer émeraude et translucide s’offre à nous à l’abris d’une petite falaise rougeoyante bordée d’une plage de sable gris. Des poissons coffres et diodons de roche s’installent sous notre coque toute la durée de notre escale. Plus au bord, des bancs de carangues blanches et de minuscules poissons s’entrecroisent. Ils semblent chercher à se camoufler des prédateurs se confondant avec le sable. Ils sont plusieurs milliers de 3 espèces bien distinctes. Nous sommes seuls et complètement isolés, nous nous sentons un peu Robinson, avec un sentiment mêlé d’idéalisme et d’une goutte inquiétude de ne savoir personne à proximité.

Cap sur Cariacou où nous arrivons pour le carnaval, nous passons une nuit à Tyrell Bay, c’est la baie des longues escales pendant la saison cyclonique, le seul endroit aux Grenadines où tu peux caréner ton bateau. La baie n’est pas hyper intéressante, mais nous nous y sentons bien, l’eau est très belle, turquoise vif et, après une escale sauvage, la proximité ce tous ces bateaux de voyageurs nous plait. Nous rencontrons Manu et Nath, jeune prof à mi-temps annualisé qui voyagent tous les ans 3-4 mois aux Antilles.

Sandy Island. Une minuscule ile de 500 m de long et 30 ou 40m de large. Escale d’une nuit, sur l’ile déserte de carte postale. Vol de pélican sur eau bleue vif, c’est fascinant de regarder ces Grands Gosiers décoller, survoler, repérer, plonger, pécher, se renvoler, atterir. Je reste à les observer. Naissance de Mahault, la petite fille de Claire et Edouard. La vie continue à Terre et malgré notre bulle de voyageur, nous restons proches et connectés. Nous restons une nuit, barbotons d’île en île, sans sentir le besoin de s’y attarder.

Hillsborough Bay, Carriacou. C’est le carnaval, depuis 5h du matin la fête bat son plein. Après avoir équipé les enfants de boulquies et turban, nous nous enfonçons dans le cahot festif qu’est le carnaval de Carriacou, nous sommes sidérés. C’est Jouvert, le jour du défilé du Jab Jab, des créatures enduites d’un mélange d’huile et de canne brulée danse le soca et cherche à semer la terreur. C’est une manière de commémorer les combats pour la liberté menés par les esclaves. Il est 10h du matin, les Jab Jaber sont enchainés, avec des masques à gaz et des casques à cornes complètement défoncés, les filles en bas résille et poitrine débordantes. Tout le monde se frotte de manière assumée et exubérante. On est complètement halluciné par cette tradition. Au vu des décibels et scènes pas trop adaptées à la famille, nous clearançons entre les enceintes saturées et les défilés macabres, et remontons l’ancre.



Petit Saint-Vincent (PSV). Nous visions Petite Martinique et nous nous sommes fait interpeller/séduire par cette minuscule ile entourée de barrière de corail et de bancs de sable. Un enchainement de lagons translucides ponctués de deux microscopiques iles désertes, Punaise et Morpion. C’est très beau, digne d’une jolie carte postale, mais nous nous y sentons comme désoeuvré.


Cette île est un masque, une île hôtel où nous ne pouvons errer en dehors de la plage. Une ile à voir, pas à vivre. Un ile sans identité où tous les charters et les bateaux de croisière kite font une de leur escale programmée et minutée. Encore une fois comme dans certains spots des Grenadines, nous sommes entourés de Dream yacht charter, Star voyage, Kite caraïbe et j’en passe. Quand un charter de 62 pieds mouille son ancre à 17h à 50m de ton bateau, tu as un peu la sensation de te faire doubler par un énorme camion alors que tu es à vélo ou celle de camper avec ta tente 2 places sur un parking à camping car. Deux échelles opposées, deux façons de voyager, dissonnantes. L’une où tu as du temps, peu d’argent, et la volonté de rentrer en contact avec les territoires et les populations rencontrées, l’autre où tout est prévu, organisé ou l’inattendu n’a aucune place. Ici, c’est assez claire et explicite, l’exotisme des caraïbes et ses paysages « paradisiaque » ont tué totalement l’identité de certaines îles, PSV en est un exemple dérangeant.

En face Petite Martinique, nous faisons une escale éclair mais je me laisse aspirée par cette petite île toute ronde et modeste, contrairement à PSV, une île qui pétille et intrigue. Ici pas de plage de sable blanc instagrammable. Des pécheurs, une école, un terrain de basket occupé par des chèvres, des espace publics chaleureux et super bien entretenus, une vie locale douce et accueillante. On respire. Chacun a sa place, son rôle, les gens semblent fiers de leur île. On s’est fait avoir en bon touriste, c’est clairement là que l’on aurait du s’arrêter. Mais le voyage c’est ça… tu dois faire des choix en l’allant toujours vers l’inconnu, en te faisant confiance et en étant à l’écoute de ton feeling et de l’équipage, et de temps en temps tu te plantes. On le sait, ce n’est pas la première fois et ça ne sera pas la dernière. On apprend à ne pas s’en vouloir, à assumer ce que l’on à tester.

Après 4 ou 5 jours de saut de puces, Nanouk a besoin de se poser. Nous visons les Tobagos, mais savons qu’il faut y aller quand il y a peu de vent, plutôt le week-end pour éviter les charters qui viennent de Martinique et de Grenade en loc du samedi au samedi, arrivé le matin pour avoir de la place… L’équation n’est pas simple.
Après un passage express à Union, clearance, marché, et pizza, cap sur les Tobagos. La forêt de mâts plantés au milieu de l’océan nous fait peur. C’est un site exceptionnel mais envahi par les charters. Ça pullule d’énormes catamarans de croisières qui viennent une nuit et repartent pour un autre spot. Changement de cap Windward Bay, au vent d’Union, nous allons mouiller derrière la barrière de corail comme au milieu de l’océan mais dans un splendide lagon et 3 mètres d’eau. Bon, ça roule un peu, mais faut savoir ce que tu veux !

Film sous les étoiles (ça c’est un de nos kiffes familial dans le cockpit le soir tous ensemble), plongée sur belle barrière de corail, raies et tortues, énormes gorgognes. Ici c’est comme si les fonds sous-marin étaient surdimensionnés, on voit la même chose qu’ailleurs mais en géant. C’est bien d’être seul au monde mais il faut le dire, les enfants tournent un peu en rond. Allons affronter le Tobagos !


Togagos Cays après l’école et une nav, courte mais pimentée. Pourquoi faire le tour quand on peut aller tout droit ? Il y a une passe, bon, elle n’est pas large mais Nanouk aime les petit défis. Traceur chargé, google map activé, quand on croise les deux, on voit super bien les patates de corail vu du ciel et les profondeurs sur la carte. A ce moment, tout le monde doit se taire, même Timaël, Vincent à l’avant scrutre le fond, moi à la barre danse entre les récifs. Le bateau est concentré, le sondeur indique 5m puis 4, 3, 2.5, 2…. Et ca remonte 3, 6 , 8, 16… ouf nous sommes passés. Pourquoi prendre ces risques? Juste pour le plaisir, pour l’excitation je crois. Avec Vincent, après analyse de la carte, quand on le sent, on se fait confiance alors on y va ! Notre bulle flotte et godille dans les camaieux de bleus incoyables, c’est un plaisir immense et les enfants jouent complétement le jeu !

Arrivé vers 11h, une bouée nous tend les bras entre petit Rameau et Petit Bateau, ces deux iles mystiques situées au centre du fer à cheval. Il n’y pas encore grand monde à cette heure-ci, même si les charter nous font raler, il n’y a pas à dire c’est magnifique. Départ familial pour la plongée mythique de la barrière de corail.



Palme, masque, tuba, cosy, biberon d’eau, crème solaire, les copains nous croisent avec des gros yeux quand ils aperçoivent Timaël au milieu d’une barrière de corail! Première équipe Lou et moi, moins d’une minute après avoir plongé, je me retrouve nez à nez avec un requin de plus de 2m, oups, Lou est quelques mètres derrière, sans l’inquiéter je le ramène fissa fissa à l’annexe. Ce sont des requins nourrices qui chassent plutôt la nuit et n’attaquent pas l’homme s’il ne l’agresse pas, hyper impressionnant tout de même. On croise plus tard des raies pastenagues et des poissons bourses, des sergents major et des carangues, des chirurgiens et diodons de roche. Plongée fascinante par l’ampleur de la barrière. Le lendemain nous repartons en famille pour une seconde plongée sur une bouée plus loin, proche des vagues qui éclatent sur le récif, la mer est très agitée, il y a du courant, nous sommes sur la seule passe qui envoie vers le large au niveau du tombant. Un peu moins rassurant que l’intérieur du lagon. Le spectacle est grandiose, des dizaines d’espèces flottent dans le courant au-dessus de patates de corail gigantesques tandis qu’émerge des profondeurs une immense raie léopard. Emotion.



Bequia. C’est fou ce que les ressentis peuvent variés selon le contexte et l’état d’esprit de l’équipage. Alors qu’à l’aller nous n’avons pas du tout aimé le mouillage d’Admiral Bay, cette fois-ci, il nous comble. La côte est splendide, c’est paisible, nous nous sentons en vacances dans le voyage, paddle, plage, petit café au bord de l’eau, nage et gueuleton de langoustes.



Le chapitre des Grenadines se clôture ici, un voyage dans le voyage, plus d’îles, plus isolées, plus sud, plus anglophone, plus de bleu, plus de poissons, plus, plus, plus….
Plongée dans le courant avec Timael dans son couffin flottant vous êtes gonflés !
Profitez bien de toutes ces merveilles nous on s’enferme ! Vous êtes au courant ?
Bon anniversaire Fanette
Dom
J’aimeAimé par 1 personne
Merci dom! Oui on est au courant bien sûr, et cet article est totalement hors sujet… mais écrit il ya 15 jours alors je l’ai quand même publié! Timaël était dans l’annexe bien sûr pas dans un couffin flottant…! Bises et bon courage. On reste informé des événements.
J’aimeJ’aime
Vous avez bien raison d’en profiter et nous on s’évade avec vous c’est super
Bravo et merci ! Encore encore des histoires…
By the way je suis rassurée pour Timael !😊😊
J’aimeAimé par 1 personne
Oui, n’hésitez pas à prolonger votre voyage et continuez de nous faire rêver! À Montréal, on commence doucement à rester chez nous. Écoles et lieux de loisirs et sport fermés, télétravail en masse…mais on a heureusement un bel hiver et on peut encore sortir…Plein de bisous! Profitez-en à fond!
J’aimeAimé par 1 personne
Désolé pour le hors sujet;-) ! On verra quand on pourra rentré! Pour l’instant, on profite, même si on est bien au courant de la situation!
J’aimeJ’aime